Lire dans le train, confessions d’une lectrice toujours en vadrouille

Je me demande le nombre de livres que j’ai lu là, dans ces trains lancés à pleine vitesse, filant au milieu des champs, dans des tunnels taillés dans la roche, à l’ombre des forêts.
Il y a eu des livres dans lesquels les personnages n’imaginaient pas être bercés par les roulements des pièces métalliques sur des rails. Il y a eu des livres où ils rêvaient de fusée, de toucher l’immensément grand, de conduire des voitures volantes. Il y a eu des personnages qui, comme moi, effectuaient un voyage en train. Promesse d’un avenir fait d’aventures et de dépaysements. D’autres ont franchi les marches qui les séparaient du quai le cœur lourd et déchiré de s’exiler parmi eux.


Dans cet espace clos, protégé de l’extérieur par un rassurant habitacle, où tant d’autres se sont assis avant ou après moi, j’ai lu. Beaucoup. À l’abri des regards derrière les rideaux verts lessivés par le soleil, sur ma banquette à laquelle s’accroche la poussière. Isolée et visible à la fois. Dans mon monde, dans le leur et dans le nôtre.


Est-ce que mes compagnons de wagons ont tenté d’apercevoir les titres que je lisais, comme moi, je le fais ?


Ont-ils vu mes larmes ? Ont-ils compris ? Compris que ces caractères noirs alignés sur des pages et des pages peuvent brûler, anéantir ou passionner ?


Un livre. Un voyage. Un livre dans le train, deux voyages. Un lecteur dans un train, en voilà un troisième.


Lire dans le train. Je crois que j’aime ça. Et vous ?

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