
Sylvie Gracia, je la connais par son métier : elle est éditrice pour l’Iconoclaste, une maison d’édition avec laquelle j’ai des échanges nourris. Je savais qu’elle écrivait des bouquins, c’était écrit sur son compte Instagram. Les précédents étaient publiés dans une autre maison d’ailleurs, mais je n’ai jamais osé les lire. Je me disais que si jamais je venais à les aimer, ça aurait fait vachement fayotte. Ouais, c’est con, je sais.
Il y a quelques semaines, je vois passer le livre dans un mail. Je ne dis rien, pour la même raison. Quelques jours plus tard, on me le propose. Je me dis que c’est un signe, et j’accepte.
Ce week-end, en panne de lecture depuis trois semaines, je l’extirpe de ma PAL. Rien ne vaut un bouquin de l’Iconoclaste pour provoquer des émotions et sortir de la torpeur que je traîne du lit au canapé.
Je le commence. Dès la première page, je comprends de quoi il va être question. En le sachant on se concentre davantage sur la manière dont les choses sont dites. Enfin, écrites.
Le sujet est ambitieux : une quinqua revient dans la maison de son enfance pour s’occupe de son père, en fin de vie. Essayez donc d’écrire là-dessus sans tomber dans le larmoyant et le lyrisme. Sylvie Gracia l’a fait. Elle ne parle que de scènes de la vie quotidienne, qui s’enveloppent de poésie et de mélancolie, comme celle qui nous empare au dernier jour de vacances, lorsqu’il vaut se dépêcher de « profiter », ce qu’on pense faire en multipliant les activités. En réalité, il s’agirait de s’asseoir et de contempler.
Le sujet est simple. Universel. Simple parce qu’universel. Il suscite de multitudes de questions. Pourquoi reste-t-on auprès de ses parents mourrant ? Par amour ? Par besoin ? Par convention sociale ?
Dans ce texte, la narratrice s’interroge aussi sur ce qu’elle est. Elle a le corps robuste, hérité des générations qui ont connu le labeur et le travail de la terre. Comme moi. Il n’est pas le même que celui des citadins. Mais appartient-elle moins qu’eux à cette ville, qu’elle a choisie, où elle fait son trou depuis trente ans ? Et pourtant, son « chez moi » s’écrit pour désigner le Sud.
Une lame de peur et de nostalgie prématurée m’a transpercée à la lecture de ce livre. On associe, bien sûr que l’on associe. Le livre ne répond pas aux questions, les grandes. Il ne dit pas qui on est, comment on fera quand ils ne sauront plus là, emportant avec eux une part de notre enfance et de nous. Il ne répond pas aux grandes questions. Il les pose. Et peut-être que c’est ça la réponse ; nous sommes ceux qui les cherchons sans jamais les trouver.
*livre offert
Chronique touchante.
Je note ce titre. Merci pour ce partage.
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Avec grand plaisir ! J’espère qu’il vous plaira, si vous vous lancez, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
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